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La première fois que j’ai été confronté à ce personnage elle s’appelait miss Lavaux, c’était une anglaise. Elle était plutôt « badass » et on pouvait dire qu’elle était la méchante de l’histoire, quoique…

Le scénario a subi de nombreuses modifications et réécritures et le personnage aussi. Elle a un tout autre rôle à présent.

Quand je crée un nouveau personnage je m’inspire souvent d’acteurs ou d’actrices. Ça permet de casser un peu les habitudes. De tester de nouvelles proportions, de sortir des sentiers battus.

Dans le cas de la demoiselle Lavaux, encore miss à l’époque, je suis parti sur un modèle petit format – l’actrice Ellen Page (« Juno », « Inception »). Ça remonte à l’été 2015 et tandis que le scénario évoluait, je travaillais sur son look général.

 


Un combat petpétuel

Je savais que ce serait un félin, ça, ça n’a pas changé. Etant donné que le personnage était sensé être assez dynamique et mortifère, j’ai commencé par faire des études du personnage en mouvement, l’imaginant sauter, bondir, maltraitant ses ennemis.

Des simples études qui m’ont semblé assez vite trop limitées. Je suis alors passé à une recherche plus poussée du mouvement. J’ai quelques bouquins japonais qui montrent des scènes de combat image par image et j’ai pu les utiliser pour travailler des chorégraphies de combat au corps à corps. Ce sont des choses rarement utilisables dans une BD mais c’est amusant pour apprécier l’intérêt d’un personnage.

Il faut savoir aussi que quand je lis un scénario je vois les scènes dans ma tête et j’imagine que ça va être comme ceci ou comme cela. Arrivé à la scène en question, je me rend le plus souvent compte que j’ai fantasmé la scène, qu’il n’y a pas de place pour la développer ou tout simplement qu’elle n’a jamais existé comme je l’ai pensé. Il y a aussi parfois des scènes qui semblaient anodines et qui finalement explosent littéralement avec le dessin. Ça fait partie du plaisir de raconter des histoires en BD.

Des animaux qui ont évolué…

Quand le scénario fut enfin arrivé à un point où le rôle de chaque personnage, mais aussi l’univers général du récit, étaient plus clairs, il a fallu se poser la question de la dose d’anthropomorphisme qu’il serait utile d’utiliser sur les personnages animaux de la série.

Dans mes toutes premières études, le personnage était juste une femme avec une tête animale. Et pour cause, dans le scénario original, il s’agissait d’humains ayant muté. Cela a été abandonné et dans la version finale les animaux sont « des animaux qui ont évolué » à partir « grosso modo » du Moyen-Âge jusqu’à nos jours. A partir de ce moment, il a fallu chercher une logique dans les allures des animaux, raison pour laquelle le personnage est passé par des allures beaucoup plus animales.

Assez rapidement néanmoins s’est présentée à moi la difficulté de rendre cet univers crédible en gardant mon dessin « réaliste ». J’ai donc opté à ce moment-là pour une approche  semi-réaliste avec le personnage plus petit. Pour situer, c’est le moment où Zootopie sortait au cinéma, décembre 2015 – janvier 2016. D’ailleurs, on avait eu peur qu’ils racontent le même type d’histoire que nous. Ce n’était heureusement pas le cas.

La tigresse et le mépris

Avec la certitude que mon dessin devait être semi-réaliste, je restait plutôt bloqué sur ce personnage qui ne fonctionnait pas. Et c’est en tombant sur les couvertures de « Tigresse Blanche » de Yann et Conrad que j’ai eu le déclic. Et je vous assure que quand vous n’avez pas l’habitude de dessiner des personnages féminins avec d’autres proportions que celles de la « réalité » ça peut être galère. Conrad avait dans sa façon de dessiner son personnage féminin une élégance que je voulais absolument retrouver dans le personnage de mademoiselle Lavaux.

 

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J’ai beaucoup tourné autour de ça et puis, encore un hasard, je suis tombé sur une photo de Brigitte Bardot, dans « Le mépris »… et mademoiselle Lavaux était là.

 

La suite, c’est un travail sur la silhouette générale du personnage, son allure en mouvement, un petit côté rétro aussi.

Dans Jack Wolfgang, j’ai voulu sortir de la BD franco-belge et raconter l’histoire en utilisant ce qui me plaît dans nos BD européennes mais aussi dans le comics ou le manga.